Chambre Régionale des Métiers et de l’Artisanat de Rhône-Alpes : les missions élargies des chargés de veille en font de véritables chefs de projet

Zoom sur le projet de veille de la Chambre Régionale des Métiers et de l’Artisanat de Rhône-Alpes écrit par Olivier Roberget – o.roberget@collaboratif-info.fr

Elles sont 5 chargées de veille à la Chambre des Métiers et de l’Artisanat de Haute-Savoie (CMA 74), département pilote pour la région Rhône-Alpes. Leur rôle dépasse la simple mission de collecte et de rediffusion d’informations.

Bien sûr, celle-ci reste une composante essentielle de leur activité mais l’analyse, la mise en scène de l’information et l’animation des réseaux propres à chaque filière économique prennent de plus en plus d’importance.
Une anecdote donne la mesure du chemin parcouru ces 10 dernières années. Lorsque Séverine Perron a rejoint la CMA en 2002 en tant que chef de projet Veille et Intelligence économique, son rôle n’était pas vraiment compris, confondu parfois avec celui de bibliothécaire. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.

L’équipe s’est étoffée et des actions de veille ont été mises en place à destination aussi bien des agents et des élus (700 personnes) que des adhérents des CMA. Ces derniers sont principalement des dirigeants d’entreprises de moins de 20 salariés, qui n’ont guère de temps à consacrer aux multiples types de veille.

Ils s’appuient sur les syndicats professionnels pour les informer sur le réglementaire et le technique et participent à des salons pour prendre le pouls du marché. La Chambre des Métiers et de l’Artisanat leur apporte des informations sur les marchés, la concurrence, les opportunités commerciales…

L’équipe de veille du projet Avisé est composée de Bénédicte Landron, Florence Bertrand, Virginie Fleury, Séverine Perron, Céline Bouquereau (de gauche à droite en commençant par les personnes debout). Chacune s’est appropriée une filière : éco-construction, sous-traitance industrielle,
alimentation…

Depuis 2007, des notes économiques sont ainsi envoyées aux entreprises de sous-traitance industrielle. Ce qui a rendu un fier service à Alain Appertet, dirigeant de Sunap, une entreprise de 6 personnes spécialisée dans le décolletage.« Un de nos principaux clients visait une croissance externe en Chine avec un sourcing sur place. Le fait d’avoir eu l’information très tôt nous a permis d’anticiper son désengagement et de réserver davantage de capacités à nos autres clients, dit-il. Finalement, il n’y a pas eu d’incidences sur notre carnet commercial, ni sur notre effectif. »

Se donner les moyens de mener des analyses poussées

L’année dernière, le programme de régionalisation des Chambres des Métiers et de l’Artisanat (semblable à celui mené dans les Chambres de Commerce et d’Industrie) a été l’occasion pour la structure haut-savoyarde de repenser son dispositif de veille, tant en termes d’outils que de méthodes.
« Nous avons pris le temps de réfléchir à notre mission, donner une vision stratégique : ce qu’on voulait faire et ne plus faire », relate Séverine Perron, responsable projet et de l’animation du réseau de veille. « Par exemple, ne plus diffuser d’information sans valeur ajoutée et choisir de produire des livrables d’analyse plus qualitatifs », enchaîne Virgine Fleury, chargée de projet de veille.
Suite à ses réflexions et à un audit des besoins, l’équipe a revu son outillage informatique. Elle a abandonné ses logiciels (Website Watcher couplé à Knowings) au profit de la plate-forme dAMI Software, plus ergonomique, plus accessible à des personnes qui ne consacrent qu’une petite partie de leur temps à la veille.

De son côté, l’équipe de veille, en automatisant la phase de collecte, a pu élargir sa surveillance à de nouvelles sources. Elle s’est aussi dégagée du temps pour mettre l’accent sur l’analyse de l’information et mieux cerner les besoins de ses publics.

L’évolution du rôle de chargé de veille va bien au-delà de la seule dimension analyse. « Chacun d’eux doit se considérer comme un chef de projet autonome et responsable, je suis un support accompagnant, « un coach » pour l’équipe de chargés de veille, insiste Séverine Perron. Les chargés de veille sont forces de propositions sur les dispositifs dont ils ont la responsabilité : la méthodologie, les outils, les livrables, l’animation du réseau. Nous échangeons régulièrement dans une démarche d’amélioration continue et pour partager nos idées, nos bonnes pratiques. »
Son rôle consiste à écouter les besoins de ses clients, les analyser, réaliser des prototypes avant de passer à la phase d’industrialisation. On est loin de l’image réductrice de producteurs d’informations dont cherchait à se défaire la cellule de veille.

Soigner la mise en forme pour capter le lecteur

En termes de rendu, un plus grand soin est désormais apporté à la mise en forme de l’information. « Il ne suffit pas de délivrer une information pertinente et utile, il faut aussi que le livrable corresponde aux attentes des lecteurs », souligne Virginie Fleury.

En pratique, cela se traduit par un recours aux informations non textuelles : graphiques, infographies, tableaux, cartographies, etc. Une phase de traitement qui va dans le sens des attentes des chefs d’entreprise qui veulent une information ciblée et rapide à lire.

3 livrables, 3 périodicités
Un bulletin quotidien : il reprend des informations locales traitant des projets d’aménagement du territoire, par exemple l’implantation d’une zone commerciale dans une commune. L’information brute, accompagnée d’un résume, est envoyée de manière ciblé aux élus et techniciens concernés.
Une lettre économique hebdomadaire : elle se concentre sur 3 ou 4  sujets (3 ou 4) à caractère régional qui font l’objet d’une analyse. Diffusée massivement par courrier électronique aux agents et élus de la CMA, cette lettre est également publiée sur le site web et relayée par Twitter.
Un suivi de réputation bimensuel : son objectif est de suivre la notoriété de la Chambre des Métiers et de l’Artisanat. Elle pointe vers les articles de presse qui la mentionne ou traite de l’artisanat.
D’autres livrables sont produits comme une veille trimestrielle sur l’éco-construction à destination des chefs d’entreprise concernés par le domaine.

 

Un important travail en amont est toutefois nécessaire pour coller au plus près de leurs besoins. « Je ne pensais pas que l’animation serait aussi prenante : j’y passe autant de temps que sur la partie technique », reconnaît la chargée de projet de veille.

Comme souvent, tout commence par des rencontres physiques. C’est n’est qu’une fois qu’un visage a été mis sur un nom qu’un échange constructif devient possible. Les interlocuteurs des chargés de veille sont multiples : chefs d’entreprise, agents et élus des CMA et, bien entendu, les référents présents dans les 8 départements de la région Rhône-Alpes. Si la Haute-Savoie est pilote, le périmètre du projet Avisé est, en effet, à dimension régionale.

Un référent dans chaque département

Le rôle du référent est multiple : c’est d’abord un facilitateur, un relai pour l’équipe projet. Il produit aussi des analyses, des notes de conjoncture. Pour cela, il peut s’appuyer sur les outils et la méthodologie mis à disposition par la cellule de veille.
« L’équipe d’Avisé a, par exemple, défini le panel d’entreprises, 2 500 dans la région et 500 pour le département du Rhône sur lequel nous nous appuyons pour réaliser nos notes de conjoncture », précise Mathieu Brousse, référant basé à Lyon.

Le département du Rhône n’est pas aussi avancé dans la démarche que celui de Haute-Savoie mais il prévoit de livrer prochainement d’autres livrables, par exemple une veille sur l’éco-construction. D’autres veilles plus spécifiques verront le jour car les tissus économiques diffèrent d’un département à l’autre. Les besoins de l’Ardèche ne se recoupent pas intégralement avec ceux de l’Isère par exemple.

La filière alimentaire, première à être connectée à la plate-forme AMI

Parmi les différentes filières économiques mises sous surveillance figure l’alimentaire, qui regroupent différents commerces (boulangerie, boucherie, fast-food…). Les conseillers de ce secteur sont les premiers utilisateurs connectés à la plate-forme de veille AMI.
L’expérience ne date que de quelques semaines, il est encore trop tôt pour dresser un bilan. Virginie Fleury a commencé à former les conseillers à l’utilisation de la plate-forme et à la consommation d’informations.
Dans un second temps, ceux-ci auront la possibilité d’enrichir la plate-forme en suggérant des sources, en rédigeant des notes de synthèse… Il reste encore du chemin à parcourir car seule une minorité est prête à réagir, comme l’a mis en évidence les séances de sensibilisation et de formation.
Au moment du choix de l’outil, l’équipe de veille s’est d’ailleurs interrogée sur l’intérêt de mettre en place un réseau social pour favoriser les échanges. Il était encore trop tôt, cela viendra peut-être par la suite. « La montée en puissance des réseaux sociaux et applications mobiles sont des leviers stratégiques pour demain », observe Séverine Perron. Les réactions sur la plate-forme se font beaucoup lors de rencontres physiques, par téléphone, mail…
Ces retours sont encouragés car le projet a 3 ans pour faire ses preuves. Les indicateurs mis en place sont d’ailleurs liés à la satisfaction des utilisateurs.

Les points clés du projet Avisé (Action pour la vie de l’Artisanat):
Objet : • Fournir une information économique aux aux chefs d’entreprises et aux 700 élus et techniciens des Chambres des Métiers et de l’Artisanat de Rhône-Alpes.
Equipe : • Une petite quinzaine de personnes.
• 5 personnes dans l’équipe de veille.
• 8 référents, un dans chacun des départements de Rhône-Alpes.
• 1 référent au niveau régional.
Solution retenue : • La plate-forme de veille d’AMI Software.
• Le programme Avisé est toutefois plus large et comprend également une plate-forme documentaire, un outil de gestion d’enquêtes en ligne…
Budget : • 1 M€ sur 3 ans, tout compris. La part du logiciel, en particulier celui de la plate-forme de veille, est minoritaire.
Calendrier du projet : Novembre 2010 : lancement d’une phase d’audit des besoins et remise à plat du dispositif de veille.
Printemps 2011 : Recensement et évaluation des plates-formes de veille.
Octobre 2011 : fin de la phase de paramétrage de l’outil.

 

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